Séminaire voix et silence : Mark SaFranko prend la parole

Séminaire voix et silence : Mark SaFranko prend la parole

3 November 2018 0 By Barbara Schmidt

« Autrefois, je ne savais pas qu’il est des mots qu’on n’entend pas » : Marie Laforêt l’a dit en 1996 et aujourd’hui nous le confirmons. La voix se définit comme un ensemble de sons produits par les vibrations des cordes vocales, elle traduit nos émotions en paroles. En contre partie, le silence ne se détermine pas seulement par l’absence de sons ou de paroles. Notamment au théâtre où le silence se mêle à la parole de manière très subtile, à travers un regard ou encore un geste. Le silence n’existe pas, il se caractérise sous une autre forme d’expression. Un art largement exploité lors du séminaire Voix et Silence organisé par l’équipe de recherche IDEA (Interdisciplinarité Dans les Etudes Anglophones) le vendredi 19 octobre 2018 au sein de l’Université de Lorraine. Un séminaire qui invite des professionnels à s’exprimer sur ce thème à travers leur art.

Parmi ces professionnels, on retrouve Mark SaFranko, auteur accueilli en résidence à l’Université de Lorraine. L’auteur américain est intervenu durant la dernière session du séminaire, et a marqué les esprits en choisissant de faire vivre l’une de ses pièces de théâtre en un seul acte : « No! », jouée par deux étudiants de Master Langues et Sociétés / Mondes Anglophones, Sydney Goeury et Anna-Salomé Panayides, accompagnés par l’auteur lui-même qui lisait les didascalies.

Une scène qui traite d’un fait d’actualité : le viol. Un dialogue s’établit entre une jeune femme et son ancien compagnon qu’elle revoit par hasard une dizaine d’années plus tard. La tension est forte, le jeune homme semble avenant, la jeune femme bien plus froide. En tant que spectateurs, nous sentons que la jeune femme est mal à l’aise de le revoir. Lui, ressasse sans cesse les souvenirs de leur aventure. Elle lui répond par quelques mots et de longs silences. Dans la pièce, le rôle principal revient d’ailleurs au silence. Un silence oppressant, lourd de sens. Un silence que Mark SaFranko a voulu significatif, douloureux. Ici, on entre dans l’intimité des personnages, on partage un secret insoutenable. D’un ton étouffant, précédé par un silence brut, la jeune femme révèle à son ancien compagnon qu’il l’a violée. Une révélation bouleversante qui secoue le jeune homme, incrédule, et nous saisit de stupeur. Mark SaFranko a su évoquer le viol en confrontant deux points de vue. Tout l’art du silence réside dans le non-dit, l’implicite, le langage visuel et corporel permis par la théâtralité. Une scène dont l’auteur a voulu que la fin reste ouverte afin de laisser au spectateur le choix de lui donner sa propre interprétation. Lorsqu’enfin la jeune femme quitte la scène, elle laisse le jeune homme et nous même stupéfaits.

La salve d’applaudissements qui a clôturé la représentation a largement traduit les émotions du public. Remercions Mark SaFranko pour cette pièce de théâtre, et les deux étudiants pour leur admirable talent.

Sirine Djafri, L3 Information-Communication, Nancy

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