Mark SaFranko à la Bibliothèque Américaine de Nancy: entre force et fragilité

Mark SaFranko à la Bibliothèque Américaine de Nancy: entre force et fragilité

26 November 2018 0 By Celine Sabiron

Lors de sa conférence au la Bibliothèque Américaine de Nancy où il a été invité par l’Association des Amis de la Bibliothèque le 26 novembre 2018, Mark SaFranko s’est livré en toute intimité et générosité pendant 1h30 à un public venu nombreux. Installé dans la pénombre du petit amphithéâtre du bâtiment, il a méticuleusement lu les notes qu’il avait préparées pour ne rien oublier et adopter le ton juste. Après avoir brièvement déroulé le fil de son parcours juché d’embûches, mentionné ses différents petits boulots, partagé ses doutes et ses errances, il a beaucoup insisté sur son besoin quasi viscéral d’écrire (une activité qu’il pratique tous les jours selon une routine qui lui est propre), tandis qu’il a rendu hommage à Dan Fante, fils de John Fante. Cette rencontre a changé sa vie car c’est lui qui l’a dirigé vers l’éditeur britannique au nom prémonitoire « Murder Slim Press » avec lequel il a travaillé à partir de 2005.  C’est donc à l’âge de 54 ans qu’il a véritablement pris la stature d’écrivain même s’il écrivait déjà depuis des dizaines d’années. Le public français a vite été conquis par ses écrits au point que SaFranko dise « France had given me a home ».

Son intervention d’une trentaine de minutes a suscité de nombreuses questions dans l’auditoire. Là encore, SaFranko s’est confié en toute transparence : son installation en France n’a pas été si facile même si c’est un pays qu’il connait bien et qu’il aime beaucoup. L’herbe lui a comme été coupée sous le pied (“as if a rug had been pulled from under me”) et il a mis beaucoup de temps à retrouver une forme d’équilibre (“it took me a while to get my footing). Au décalage horaire et au choc culturel s’est ajouté le décès de son chien adoré (resté aux Etats-Unis) le lendemain de son arrivée à Nancy. Faire le deuil de ce compagnon fidèle à distance n’a pas été aisé pour lui. Dans l’ensemble, la résidence n’a pas modifié ses habitudes d’écriture mais elle les a perturbées, d’autant plus qu’il se dit très pris par les différentes activités organisées autour de sa venue et qui lui laissent peu de temps pour son écriture personnelle. Durant la conversation avec le public, il a parlé de ses autres centres d’intérêt, la musique et l’art avec une exposition à venir sur le campus Lettres et Sciences Humaines de l’université de Lorraine. Il a toujours été fasciné par la peinture qui a cette faculté à suspendre le temps. Cela explique peut-être la raison pour laquelle son écriture est souvent décrite comme visuelle : il décrit en effet ses scènes avec une grande justesse et une grande précision. Pour SaFranko, ses meilleurs écrits n’ont pas encore été lus par le public, ce sont ceux qu’il garde dans ses tiroirs, ceux qui n’ont pas encore été publiés. Il est aussi lucide sur le fait que ses écrits sont boudés aux États-Unis. Il met en corrélation l’indifférence de ses textes dans son pays et le succès de ses travaux en France comme si les goûts des deux nations ne pouvaient s’accorder et devaient naturellement et fatalement s’opposer. Étant un écrivain blanc, il n’est pas non plus nécessairement à la mode aux États-Unis en ce moment. Être écrivain est un métier difficile, il est parfois mal à l’aise par rapport à ce qu’il écrit mais il pense que ce malaise est moteur et que ses plus beaux textes sont ceux qu’il a le plus de mal à assumer, ceux qui le dérangent le plus. Quand la question de son étiquette de underground writer lui est posée, il décline cette identité qui lui a été collée pour faire plaisir à son éditeur. Lui peine à définir ce terme. il préfère vendre des livres, quitte à être mainstream. Lit-il les critiques qui lui sont faites sur son œuvre ? Il ne peut s’en empêcher, étant d’un naturel assez curieux, même s’il sait que c’est un péché qui lui vaut bien des tracas. Bien qu’elles soient généralement bonnes, SaFanko est aussi blessé par certaines sans fondement.

Au terme de cette conférence, le public a sans aucun doute été touché par l’auteur qui s’est livré en toute sincérité : il n’a pas hésité à partager la force mais aussi la fragilité qui font de lui un grand écrivain.

Céline Sabiron

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